Dans les entrailles de la prison Sainte-Anne

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« Celui qui ouvre une école, ferme une prison » Victor Hugo

Prison Sainte-Anne

J’aimerai vous présenter la visite virtuelle de la prison Sainte-Anne d’Avignon.

Avec l’aimable autorisation de la mairie d’Avignon j’ai pu accéder à ce bâtiment emblématique pour mon projet photographique et créer une visite virtuelle représentant dans son ensemble la prison Sainte-Anne.

L’ancienne prison d’Avignon va bientôt changer d’aspect. Le nouveau visage de ce bâtiment est maintenant connu car un projet de réhabilitation a été retenu. Projet

Cette visite virtuelle permettra de préserver la mémoire de ce lieu qui a connu tant de souffrances et dont les murs en gardent encore les traces… Traces qui disparaitront avec les premiers travaux.

C’est une visite en 27 panoramas qui démarre par le hall d’entrée et se termine par la salle de cinéma en passant par trois cours (cours des sports, cours quartier femmes, cours nord), la réserve alimentaire, l’atelier, le vestiaire détenus, les douches, le poste de garde, la salle de classe, trois couloirs (couloir Est et Ouest 1er étage, couloir Est deuxième étage) et treize cellules (dont une cellule de détention quartier des femmes).

Après avoir démarré la visite vous pouvez passer en plein écran afin de profiter pleinement des scènes, et si vous le désirez, vous pouvez cacher les commandes, zoomer pour regarder les détails sur les murs, etc… Et ensuite, suivez les flèches (Un clic gauche maintenu pour se déplacer)… Vous pouvez aussi zoomer avec la molette de votre souris.

Vous pouvez accéder directement à la visite en cliquant ICI ou bien lire le texte qui suit et qui raconte l’histoire de ce lieu, suivi des plans…

Bonne visite

Un grand merci au groupe SCARLEAN pour m’avoir autorisé à utiliser leur musique sur ma visite virtuelle. SCARLEAN

Un peu d’histoire…

L’histoire de la prison sainte Anne est intimement liée à la confrérie des Pénitents Noirs (*) qui, en 1591, s’installe dans l’ancienne Chapelle du Prieuré près de l’Hôpital de Notre-Dame de fenouillet dans la rue de la Banasterie (*) , près de la porte Aurore devenue porte de la Ligne qui donnait accès au port en bois. Chapelle dont ils demanderont la restauration en 1739 à Thomas Lainée (*) .

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle les malades mentaux étaient recueillis dans les hôpitaux généraux et y étaient enfermés, soit dans des cellules spéciales, soit dans les mêmes locaux que les prisonniers où ils étaient soignés par une confrérie de Pénitents.
Le 16 septembre 1681, le vice-légat (*) François Nicolini crée la « maison des insensés » à Avignon. Cette maison est dirigée par les Pénitents de la Miséricorde. Il y a, à la fin du XVIIe siècle, entre douze et quinze malades.
En 1726, la maison, trop petite et insalubre, est transférée « dans l’enclos des Pénitents de la Miséricorde », situé près du Rocher des Doms (*). Les huit cellules de l’hôpital sont réservées aux malades de la ville d’Avignon.

La construction de l’hospice débute en 1728 sur des terrains acquis par les pénitents entre leur chapelle et le Rocher des Doms.
En 1741, avec la création d’une nouvelle aile de bâtiment comprenant huit nouvelles cellules et une salle à baigner, financée par les états provinciaux du Comtat Venaissin, l’asile commence à recevoir plus des malades.
En 1779, une nouvelle aile est construite pour séparer les hommes des femmes. Il y a désormais seize loges pour les hommes et dix-huit pour les femmes. Chaque aile possède une cour et des bains, on y trouve aussi une galerie et des salles communes pour les malades. Il y aura à la fin du XVIIIe siècle, environ soixante-dix malades.

Des deux prisons d’ancien régime à Avignon, celle de la cour de saint-Pierre et celle du palais Apostolique,  Il ne subsistera au début de la révolution que cette dernière dans la partie nord du Palais des Papes, sous le nom de « prison du fort »: Elle fut marquée par des massacres de l’automne 1791 dits de la glacière (*), du nom d’une tour du Palais où furent jetés les corps de victimes.

A cette prison réservée aux détenus de « droit commun », l’époque révolutionnaire ajouta diverses maisons de réclusion, aménagées à la hâte dans des églises et des couvents, où s’entassèrent les suspects en attente de jugement ou d’un transfert vers la Commission d’Orange. Après la Terreur (*) subsistèrent quelques-unes de ces maisons de réclusion notamment pour y placer les prêtres insermentés; elles furent fermées avec l’arrivée de Bonaparte au pouvoir.

Avec la Révolution, l’hospice est confié à une administration civile et gratuite. En 1816, « l’hospice et pensionnat des insensés » prend le nom de « Maison royale de santé de la ville d’Avignon ». Mais les bâtiments sont désormais trop petits et insalubres pour les cent cinquante malades du début du XIXe siècle et, à cette époque, les médecins aliénistes, notamment les docteurs Esquirol (*) et Pinel (*), attachent une très grande importance aux constructions qui reçoivent des malades.

Depuis longtemps, la maison de santé sent le besoin de se transporter hors de l’enceinte des murs d’Avignon pour « procurer à ses pensionnaires l’air, l’aspect de la campagne et surtout le travail agricole, signalé comme l’un des remèdes les plus efficaces contre l’aliénation mentale » (circulaire du préfet de Vaucluse en 1838).
De plus, la loi fondatrice du 30 juin 1838 demande à chaque département de créer un établissement public destiné aux malades mentaux du département ou de passer une convention avec un établissement d’un département voisin. Cette loi va favoriser le transfert de la maison de santé d’Avignon à Montfavet.

En 1839, Lors de la construction de l’Hôpital de Montfavet, cet établissement n’est que la succursale de « la maison de Insensés d’Avignon ».

En 1860, Les Insensés d’Avignon sont transportés dans le nouvel asile aux pieds de Montdevergues à Montfavet et les détenus de la prison du château sont transférés dans l’ancienne « maison des Insensés ».

L’histoire proprement dite de la prison Sainte Anne peut commencer ! Le décret du 9 avril 1811 transféra au Département la propriété des prisons, et par voie de conséquence celle de la prison du palais des Papes où des travaux d’aménagements furent menés très ponctuellement durant toute la première moitié du XIXe siècle alors que plusieurs projets d’édification de nouvelles prisons étaient lancés. Il fallut attendre le Second Empire pour voir se développer un véritable projet de construction, non pas sur le modèle cellulaire mais sur celui d’une séparation par quartiers des hommes et des femmes. En 1863, l’État déclare le projet d’utilité publique et l’ordonnance du 16 aout 1863 de Napoléon III décide de la construction de la nouvelle prison. C’est l’architecte départemental Joffroy qui est chargé de la réalisation: La nouvelle prison est édifiée en contrebas du Rocher des Doms à l’emplacement de l’ancienne maison de santé des aliénés, tout près de l’escalier de Sainte-Anne dont elle prendra le nom. Le plan de la nouvelle prison débordait amplement sur l’ancien hospice et pour ce faire, de nombreuses expropriations eurent lieu mais la chapelle de l’hospice, dite des Pénitents noirs, fut épargnée. Les travaux commencèrent en 1865 et se terminèrent en 1871, seulement interrompus par la guerre (Les lieux sont investis pas la Garde Mobile). Le transfert des prisonniers de la prison du palais des Papes dans les nouveaux bâtiments s’effectue en août 1871. La prison s’étend sur une superficie de 8400 m2 (140 mètres de long et 60 mètres de large). Conçue en pierres de taille, Sainte-Anne combine « un plan à cour centrale » fréquent dans les prisons en France avant 1839  et un plan trapézoïdal ou rectangulaire à multiples cours plus singulier. Un chemin de ronde fait le tour de la bâtisse. La taille des cellules varie de 9 à 25 m2 accueillant de deux à six détenus…

La prison Sainte Anne n’est pas construite sur le modèle de l’isolement cellulaire véhiculé sous la Monarchie de juillet puis sous l’IIIème République, il s’agit d’une prison de quartier avec chambre commune. Ce n’est qu’en 1905 que de nouveaux travaux sont engagés afin de créer un quartier cellulaire. La prison avait aussi une chapelle qui sera par la suite transformée en cuisine. Le plan général de la prison Saint Anne a très peu changé depuis le XIXème siècle.

Quelques dates…

1914 : Une partie des bâtiments est réquisitionnée par l’armée afin d’y détenir les prisonniers de guerre.

1922 : Les bâtiments deviennent prison départementale et sera finalement cédée à l’Etat.

Le 15 février 1936  est la date de la dernière exécution publique. Michel Nicolini, un proxénète de 38 ans, qui avait assassiné à Avignon, le 30 septembre 1934 en pleine rue, de trois balles de revolver Ouerdia Djidjoui épouse d’un malfrat rival, et le 20 octobre suivant de quatre balles Marthe Montagard, tenancière de la maison close « Le Tabarin ».

1940/1945 : Pendant l’occupation, elle « abrite » suivant le moment, les résistants, des collaborateurs ou bien des juifs.

1962 : C’est la guerre d’Algérie et y sont incarcérés des membres du MNA (*) puis de l’OAS (*). Depuis cette période, n’y seront détenus que des droits communs.

Le rapport de la Commission d’enquête du Sénat datant de juin 2000 déclare la prison Sainte-Anne trop vétuste.

2003 : Fermeture définitive de la Maison d’Arrêt d’Avignon et ouverture du Centre Pénitentiaire du Pontet.

Les plans…

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